Lettre aux pouvoirs publics- Bordeaux le 27 mars 2020

Madame la Préfète

M. le Président de Bordeaux Métropole

M. le Président du Conseil Départemental

M. le Président de Région

Mesdames et Messieurs les Maires des 28 communes de la Métropole.

 

Depuis la déclaration de l’état d’urgence sanitaire par le gouvernement, les services de l’État et les collectivités territoriales ont mis en place un certain nombre de dispositifs pour protéger les populations et limiter la propagation du virus.

Nous, associations et bénévoles, engagés au plus près des personnes les plus vulnérables (migrantes ou à la rue), attirons votre attention sur trois domaines qui nécessitent d’intensifier, de toute urgence, l’intervention de l’action publique.

 

Distribuer dans les squats et campements des colis alimentaires et des produits d’hygiène

L’arrêt de l’économie, les conditions de vie précaires et l’absence de sécurité sanitaire dans ces habitats collectifs, le nécessaire confinement, la raréfaction des lieux habituels d’aide alimentaire, font qu’il n’est pas possible de demander aux personnes vivant dans ces lieux de se procurer par leurs propres moyens les produits de première nécessité. De plus, la fermeture des établissements scolaires entraîne la suppression du repas de midi qui, pour certains enfants, est le seul repas équilibré de la journée. Des cas de sous-alimentation sont à craindre dans un délai assez proche Une sous- alimentation prolongée aurait de graves conséquences en termes de dignité humaine, mais aussi de santé, contribuant à réduire les capacités des personnes à faire face au coronavirus comme à d’autres maladies. Mais ses conséquences ne concerneraient pas simplement le sort de ces populations. On peut craindre que, dans cette situation, les personnes hébergées dans ces lieux précaires soient amenées à essayer de se procurer de la nourriture, avec de sérieux risques concernant la lutte contre la propagation de l’épidémie, mais aussi l’ordre public.

 

L’aide alimentaire et financière s’organisant progressivement, nous vous demandons d’inclure les personnes en bidonvilles et en squats dans les plans de distribution. 

La distribution de nourriture et de produit d’hygiène incombe plus que jamais aux pouvoirs publics, préfecture, mairies, métropole, département. C’est une urgence absolue.

 

Accès aux soins et mise à l’abri

En pleine crise sanitaire, le 115 refuse, par manque criant de structures d’accueil, chaque jour plus de 150 demandes, parmi elles 25 sont des personnes en situation d’extrême vulnérabilité. La restriction de l’accès aux soins au seul motif d’urgence éloigne dangereusement les personnes précaires avec ou sans titre de séjour de la détection ou du suivi de leur pathologies chroniques. Nous parlons ici de suivi de personnes diabétiques, hypertendues, insuffisante cardiaque, des cancers, etc. pour des personnes à la rue ou en habitat précaire. Le moindre recours aux services médicaux diminue également la détection des risques infectieux alors que leur situation de vulnérabilité les place dans des catégories à haut risque et que d’autres pathologies continuent à se propager: pneumonies, bronchites,… Le confinement risque également de voir émerger des pathologies oro fécales. N’oublions pas également les personnes infectées par la tuberculose.

Tout doit être mis en œuvre afin que toute personne souffrant d’une pathologie grave, d’une affection longue durée déclarée ainsi que les femmes enceintes, soient immédiatement mises à l’abri. (ouverture de lieux comme l’auberge de jeunesse à Bordeaux, réquisitions de chambre d’hôtels, internat de lycée, places disponibles en HUDA, CADA pour les demandeurs d’asile, bâtiments militaires, immeubles en attente de transformation liées à des projets immobiliers…) et que les services de police ne restreignent pas leurs sorties pour soins médicaux.

 

Accès à l’eau

Près de 2 500 personnes sont dans une situation de vulnérabilité particulière face à l’épidémie sur la métropole bordelaise. En effet, une bonne partie des bidonvilles et des squats ne disposent pas d’un accès à l’eau ni à des sanitaires. Comment, dans ces conditions, respecter les règles d’hygiène permettant de limiter la propagation du virus ? La métropole a déjà accompli des avancées, dans ce domaine, pour les campements situés sur des terrains qui lui appartiennent. Mais il nous paraît crucial de généraliser l’accès à l’eau sur tous les bidonvilles. Tout doit être fait pour permettre que toute personne accède facilement et à tout moment à un point d’eau propre.

 

Il est impératif que vos services participent à la mobilisation dans ce domaine en urgence, avec l’installation de nouveaux points d’eau (plusieurs par site pour éviter les regroupements et régulièrement désinfectés), qu’ils mobilisent des citernes et généralisent la distribution de savons, d’eau potable, installent des modules sanitaires, ouvrent, là où elles ont été fermées, les fontaines publiques, les bains douches. De la même façon, l’installation et l’entretien strict de latrines sur tous ces sites est indispensable en période de lutte contre l’épidémie et de confinement.

 

C’est pourquoi nous attendons Mesdames, Messieurs, sans délais, de tous vos services coordonnés la mise en œuvre de ces mesures de lutte contre une épidémie sans précédent qui menace chacun d’entre nous.

Nous restons à votre disposition

 

Bordeaux le 27 mars 2020

 

Délégation Régionale Médecins du Monde- CIMADE- LDH, Ligue des Droits de l’Homme- Amnesty International- Secours Catholique de la Gironde - RESF, Réseau Education Sans Frontière Gironde AREVE, Association Accueil Réfugiés en Val de l’Eyre

ASTI Bordeaux, Association de Solidarité avec Tous les Immigrés- Association Bienvenue !

CED, Collectif Egalité des droits - Le Foyer Fraternel- La Maison de Marie – Tremplin ...

 

 

ASTI Bordeaux
10 rue causserouge

33000 Bordeaux


Téléphone :

+33 05 56 92 65 98

 

email: astibordeaux@gmail.com